L’échec, une autre manière d’apprendre

Plus les entreprises orientent leur stratégie sur le culte de la performance, du perfectionisme, du zéro défaut, plus les collaborateurs ont peur d’échouer et moins ils tirent les leçons de leurs erreurs.

Par Gaëtan Vandamme, senior coach et trainer coach au BAO Group et formateur  à l’institut de coaching BAO Elan Vital. Photos Mathilde Toussard  -Modèle : Archibald Godts  designer  www.studioplastique.be.

Dans notre métier de coach, nous sommes fréquemment amenés à rencontrer des personnes qui vivent un mal-être important, lié à la pression qu’elles subissent dans leur travail. Ce mal-être engendre, si pas de la résignation, une peur grandissante qui, bien souvent, leur enlève leur capacité de choix, voire leurs aptitudes à exercer pleinement leurs compétences :
« Si je craque, je peux dire adieu à ma carrière. » « Quelle entreprise acceptera de m’engager si elle apprend que je suis absent pour épuisement ? » « Si j’échoue, on considèrera que je ne suis pas à la bonne place. »

L’échec, un état d’esprit

Nous pouvons citer de nombreux exemples qui illustrent toute la difficulté que nous éprouvons à accepter de nous montrer vulnérable, alors même que notre sécurité intérieure et notre équilibre de vie s’en trouvent menacés. Et pourtant, c’est sans doute au cœur même de ces moments qu’il faut oser se mettre en « retraite » de soi et des autres pour commencer à entrevoir toutes les opportunités de changement que nous proposent nos échecs.

N’est-ce pas déjà se retrouver en situation d’échec que de faire plus de la même chose qui ne fonctionne pas en croyant pouvoir changer notre situation ? Nous n’avons pas la capacité de changer ce qui s’est passé. Mais nous pouvons avoir l’ambition de nous changer ou du moins, de changer notre regard sur notre manière de fonctionner. Cet esprit d’ouverture est une décision courageuse et positive que nous pouvons ancrer en nous répétant, surtout quand la confiance nous quitte, les phrases suivantes :

Je suis capable.

Je peux le faire.

J’ai les ressources pour réussir.

J’ai le droit d’échouer.

J’ai le droit de faire des erreurs.

J’ai le droit de ne pas être parfait.

Notre humanité, c’est notre imperfection

Je prends résolument le contrepied de ceux et celles qui pensent que réussir sa vie dans le travail, c’est montrer une performance sans faille, c’est s’affirmer dans une autorité qui menace et qui soumet, c’est diviser pour mieux régner. Nous sommes tous faillibles et ce qui nous rend humain, c’est notre capacité à nous reconnaître « parfaitement imparfaits ». Nous avons tous vécu au moins une fois le sentiment d’échec lié à un but, un objectif non atteint, une ambition non réalisée. Ne pointer du doigt que l’erreur ou l’échec vécu, c’est tourner son regard vers le passé. Orienter son regard vers un « présent-futur », c’est donner du sens à ce qui s’est passé en en tirant les leçons et en osant sortir de sa zone de confort.

Je suis souvent surpris d’entendre des travailleurs sortir de leurs entretiens d’évaluation avec le sentiment désagréable que seules leurs erreurs ont été relevées. Ne faudrait-il pas bien plus valoriser celles et ceux qui ont reconnu leurs erreurs et qui leur ont donné un sens en s’autorisant de nouvelles attitudes ? Refuser un management qui pointe les échecs et erreurs pour en chercher les coupables ou qui n’y voit qu’une forme d’incompétence, voire de « bras cassés », c’est affirmer qu’il existe un management audacieux, responsable et innovant qui accorde à ses collaborateurs le droit de prendre des risques, de se tromper, d’échouer et surtout d’apprendre à rebondir. Et comme le dit si bien Tal Ben Shahar : « Apprenez à échouer, sinon vous échouerez à apprendre1 ».

Tirer les leçons de nos échecs 

Thomas Edison, génial inventeur notamment de l’ampoule électrique, se disait très fier d’avoir connu autant de succès parce qu’il est allé d’échec en échec. Et quand on l’interrogeait sur ses échecs, il aimait dire qu’il n’avait pas échoué mais qu’il avait trouvé dix mille possibilités qui n’en étaient pas.

Oser s’appuyer sur nos échecs pour oser réussir présuppose qu’il y ait certaines conditions.

Et tout d’abord, accepter de reconnaître nos échecs

Nous n’aimons pas être pris en défaut comme nous pouvons ne pas nous réjouir d’une critique reçue quant à notre façon d’agir. Pour nous protéger, nous pouvons alors, dans un réflexe très humain, pointer l’autre du doigt et nous enfermer dans une sorte de déni de responsabilité. Nous croyons ainsi rester dans une zone de confort mais qui, avec le temps, peut se révéler être bien inconfortable. Nous n’avons pas le pouvoir de changer l’autre. Tout juste pouvons-nous l’influencer en changeant notre attitude ou notre manière de revoir la situation. Comment pouvons-nous dès lors apprendre de nos échecs si nous ne sommes pas conscients de la part de responsabilité qui nous revient ? Je vous invite de temps en temps à faire un STOP pour vous laisser interpeller par ces quelques questions « miroir » qui peuvent nous engager sur un autre chemin :

Qu’est-ce qui m’a manqué et qui dépend de moi ?

Quelle est l’émotion ressentie ?

Comment m’y suis-je pris pour m’attirer cet échec ?

Quel besoin important n’a pas pu être satisfait ?

Que puis-je tenter pour satisfaire ce besoin manquant ?

 Ensuite, oser se montrer vulnérable

Il n’est pas rare d’entendre dans le monde professionnel que montrer sa fragilité est dangereux. J’entends encore ce travailleur qui ne voulait pas aller chercher de l’aide alors qu’il était dans une impasse. Pour lui, demander de l’aide, c’était risquer d’apparaître comme incompétent. C’est malheureusement oublier que forces et faiblesses font partie de notre humanité et de notre singularité. Il nous faut apprendre à les apprivoiser avec justesse plutôt qu’à les laisser nous déborder. Il y a un prix à payer à l’action. Mais l’inaction est bien plus coûteuse à moyen terme.

Il suffit de voir le nombre croissant de personnes qui vivent un épuisement professionnel par crainte d’oser affirmer leurs vrais besoins.

Comme le dit Philippe Cochinaux2 : « Fonder sa vie sur ses forces, c’est prendre le risque de tomber bien bas lorsque des ébranlements surviennent, car à ce moment précis, nous refaisons la découverte douloureuse d’une vulnérabilité non assumée ».

Peut-être pouvons-nous nous
rappeler que :

« Montrer sa force peut parfois se révéler être une faiblesse, alors que montrer ses faiblesses peut parfois être une force ».

Et surtout prendre conscience que nous ne sommes pas nos échecs

Charles Pépin3 a cette phrase choc : « Rater, ce n’est pas être un raté ». Un manager expliquait s’être « planté » dans une prise de parole en public. Comme ce n’était pas la première fois, il en avait conclu « qu’il était nul et que l’erreur, c’était lui ». Pour chacun et chacune d’entre nous qui pouvons vivre un échec, il y a une décision qu’il nous appartient d’ancrer profondément en nous au risque de nous sentir humilié ou honteux :

Je ne suis pas ce que je fais

Je suis bien plus que mes erreurs

Nos erreurs comme nos échecs s’expriment au travers d’un comportement, d’un événement, d’un objectif qui ne s’est pas passé comme prévu. Les replacer dans un contexte permet d’en relativiser la portée et d’éviter de se laisser définir par eux. Trop souvent, la peur d’échouer est liée à la valeur que nous nous donnons et/ou au « qu’en-dira-t-on ». Mais si nous faisions la liste de ce que nous réussissons sur un jour, une semaine, nous nous apercevrions probablement que nos réussites sont bien plus nombreuses que nos échecs. La valeur que nous désirons nous donner et la confiance en soi ont besoin d’être nourries par notre audace à rebondir et à nous nourrir des petites et grandes choses qui nous vivifient dans le temps présent.

À nous de choisir où nous voulons mettre notre énergie. 

N’oublions pas qu’un échec ne devient vraiment un échec que si nous n’en avons rien fait.

Pour finir, la proposition
est de cultiver son droit
à la réussite

Autant nous pouvons apprendre de nos échecs, autant nos réussites sont une source d’apprentissages formidables. Oser tirer les leçons de nos réussites permet bien souvent de nous réapproprier les stratégies qui marchent et qui peuvent nous être bien utiles lorsque nous trébucherons. Nous avons une « boîte à réussites ». Elle est d’une richesse infinie puisqu’elle reprend toutes les expériences positives que nous avons gagnées au cours de notre parcours de vie. De temps en temps, il nous faut l’ouvrir pour aller y puiser l’énergie dont nous avons besoin pour avancer, traverser et rebondir.

Aussi, je vous invite régulièrement à vous poser ces quelques questions :

Qu’avons-nous fait qui nous rend fier ?

Quelles sont nos plus belles réussites ?

Comment m’y suis-je pris ?

Comment pouvons-nous développer plus encore ce que nous avons appris et qui fonctionne ?

Quel est le plus petit pas que je puis entreprendre aujourd’hui et qui me donnerait un goût de réussite ?

Alors, j’aimerais vous inviter à oser, certes avec discernement, mais à oser.

Car, comme le dit, Charles Pépin4 :

« Le véritable échec serait de n’en avoir connu aucun : cela signifierait que nous n’avons jamais osé ».

1 L’apprentissage de l’imperfection,
Tal Ben-Shahar, ed. Belfond.
2 Chemins vers le bonheur, Ph. Cochinaux o.p., ed. Fidélité/Salvator.
3 Les vertus de l’échec, Charles Pépin, ed.Allary.
4 Les vertus de l’échec, Charles Pépin, ed.Allary.

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