Tchaikovsky’s Wife : L’amour en vibrato

La Femme de Tchaïkovski
©  Photo ©Imagine Film Distribution

Signé du réalisateur russe Kirill Serebrennikov, le film sélectionné à Cannes en 2022 et au Love International Film Festival de Mons cette année révèle les fractures d’un amour tourmenté entre Antonina Miliukova et le génie de l’ère romantique, sous un air d’inaccessibilité.

C’était un peu avant le mariage pour tous. Au 19ème siècle, Antonina Miliukova, jeune femme érudite issue d’une famille aisée s’est unie, par passion, au brillant Piotr Tchaïkovski. Un amour dévorant, qui ne pouvait être complètement partagé, puisque le musicien était homosexuel. Rejetée, Antonina s’est consumée à vouloir être aimée. Kirill Serebrennikov* s’est penché sur ce chapitre moins connu de la vie de Tchaïkovski, dans un film en costumes et en constates, qui requière toute la finesse de la violence la situation pour l’héroïne, enfin, de l’histoire.

« Tout le monde connaît Tchaïkovski, mais personne ne sait rien de lui ».  Au départ de ce film, le livre en deux tomes du professeur de l’université de Yale Alexander Poznansky : « je lui suis extrêmement reconnaissant, car il a accompli un travail colossal pour rétablir la vie entière de Tchaïkovski jour par jour. Puis je me suis tourné vers le livre de Valeri Sokolov, « Antonina Tchaïkovskaïa : Histoire d’une vie oubliée » ».

Remettre Antonina dans la lumière

« Il m’a semblé que la vie de cette femme était d’autant plus intéressante qu’elle est souvent considérée comme une idiote incapable d’apprécier le talent de Tchaïkovski, de rester digne à ses côtés. J’ai donc eu envie de creuser, d’en savoir plus, en me demandant si elle était vraiment l’idiote dépeinte. Peut-être y avait-il autre chose, peut-être voulait-elle montrer sa personnalité différemment. Car, à côté d’un tel soleil, d’un soleil si énorme, il était impossible de ne pas se brûler. Les questions étaient donc nombreuses ».

Scènes cinématographiques de la femme de Tchaïkovski

©Imagine Film Distribution

Une histoire fidèle

« Je me suis permis quelques écarts, mais ils sont minimes. J’ai un peu changé son caractère, lui ai fait accomplir des actes légèrement différents de ce qu’elle avait réellement fait. Je voulais vraiment que mon film colle au plus près de la vraie histoire – à l’instar de sa relation avec son avocat, de l’atmosphère régnant dans sa famille, des enfants qu’elle a eus, qu’elle a abandonnés dans un orphelinat et qui y sont morts ».

Un thriller psychologique

« Le destin de cette femme est affreux : aussi incroyable que cela paraisse, elle se retrouve dans des situations terribles et traumatisantes. C’est aussi pour cela qu’on s’approche du film de genre, mais c’est un film sur l’amour. Je voulais faire un film sur un amour comme celui-ci ».

Scènes cinématographiques de La femme de Tchaïkovski

©Imagine Film Distribution

Un pan de vie caché

« L’homosexualité n’est – presque – jamais évoquée dans le film et pourtant elle est sous nos yeux à de nombreuses reprises. En fait, toute cette histoire ne traite au fond que de l’hypocrisie, sociale en premier lieu, de l’impossible liberté d’être soi-même. Mais nous voyons tout ce qui se déroule par ses yeux à elle et nous ne savons de lui que ce qu’elle-même sait. C’était important pour moi qu’il en soit ainsi ».

Les fossés des époques

« Il existait une discrimination encore plus grande que celle qui frappait les homosexuels : celle envers les femmes. Il y avait, effectivement, une hypocrisie sociale concernant l’homosexualité, mais ce thème était passé sous silence, et il y avait même parfois une réelle tolérance, notamment quand des membres de l’élite dirigeante étaient homosexuels, comme le grand prince Sergueï Romanov ou le poète K.R, dès lors qu’ils étaient tout en haut de la hiérarchie du pouvoir. Mais le rapport à la femme était à l’époque terrible, elles étaient véritablement discriminées. D’où mon intérêt pour cette violence masquée par une prétendue bienséance ».

Cinéma, danse et théâtralité

« C’est toute cette période qui, de fait, était assez théâtrale : les gens sortaient, se mettaient sur leur trente-et-un, enfilaient des costumes requis par la société, jouaient des rôles que celle-ci leur imposait, revêtaient les masques qu’elle attendait d’eux. On est vraiment dans la représentation avec des modèles de comportement qui sont comme des rôles. C’est la première fois que je tourne un film dont l’action se déroule au XIXe siècle et ça m’a tellement plu que j’aimerais renouveler plusieurs fois l’expérience ! »

*Dont les propos sont recueillis et traduits du russe par Joël Chapron

Cet article a été écrit en étroite collaboration avec Imagine Film Distribution.
imaginefilm.be

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